Guérir le Passé. Transformer l’Avenir.


Écrit par Frère Chan Troi Duc An

Cher respecté Thấy, chère Sangha, chers sœurs & frères, chers amis,

Mon nom est Chân Trời Ɖức An. Je suis un bébé moine novice dans la famille des Pruniers. Nous avons été ordonnés en France, le 14 décembre et en Thaïlande, le 15 décembre.

Je suis né en France, en 1988, et j’ai grandi dans la banlieue nord de Paris. C’est le terreau fertile dans lequel mon aspiration prend racines et se nourrit.

Comme jeune Français, j’étais perdu, tout comme beaucoup de jeunes Français aujourd’hui. Nous ne sommes pas vraiment intéressés par les affaires mondiales, par l’état de notre planète, ou par la vie des personnes qui y vivent. Nous essayons de trouver un sens dans la vie à travers l’argent, la renommée, et les désirs sensuels qui nous noient.

Nous sommes déconnectés de notre corps et de notre esprit. Quand nous sommes fatigués ou malades, nous ne savons pas comment écouter notre corps et notre esprit. Au lieu de cela, nous les réduisons au silence par de nombreux substituts. Quand des émotions désagréables comme la solitude surgissent, nous nous dépêchons de les recouvrir en consommant, en nous rendant occupés.

J’ai allumé la flamme de mon aspiration au moment où j’ai compris que je suis la seule personne qui puisse mettre fin à mes souffrances.

Nous ne nous autorisons aucun repos et nous ne sommes pas honnêtes avec nous-mêmes.

Quand une émotion est trop forte pour que nous puissions rester aveugles, nous devenons sa victime. Hébétés et seuls, les autres ne nous comprennent pas. Nous ne nous comprenons pas nous-mêmes.

Le jour où j’ai réalisé à quel point je me faisais souffrir et je faisais souffrir les êtres qui m’étaient chers, j’ai touché ma bodhicitta, l’esprit d’amour. Du fait de mon incapacité à gérer mes émotions et mes pensées, je parlais et j’agissais sans pleine conscience et sans gentillesse.

J’ai allumé la flamme de mon aspiration au moment où j’ai compris que je suis la seule personne qui puisse mettre fin à mes souffrances. Je n’ai pas besoin d’être la victime d’influences ou d’énergies d’habitude qui ne sont pas saines. Je peux rendre un sens véritable à ma vie. Je peux enfin participer à la guérison de ma famille, de mon pays, de la société et du monde, et cela commence avec ma propre guérison.

Rien n’est plus important à mes yeux et c’est pour cela que je suis devenu moine.

Nous avons besoin d’apprendre comment reconnecter notre corps et notre esprit, comment écouter notre souffrance. Notre corps et notre esprit ne sont pas deux entités séparées. Si nous continuons à ignorer les signaux de détresse, ces derniers se manifesteront sous forme de maladie, d’addiction, ou même de suicide. Chaque espèce a un besoin naturel et vital de mettre fin à sa souffrance, et d’être paisible et heureux. Qui apprécie de souffrir ? Qui ne souhaite pas être heureux ?

Quand nous apprenons les pratiques concrètes de la pleine conscience, nous apprenons à être présents pour nous-mêmes et pour les autres. Quand nous sommes présents, nous ne sommes plus perdus dans nos pensées, nos sentiments, et nos émotions.

À l’âge de 21 ans, je me suis engagé dans l’armée française. J’y ai trouvé injustice, discrimination, et obéissance aveugle. Après quelque années de service, mon coeur était rempli de tristesse, de colère, et de violence. J’ai perdu ma foi et ma confiance en l’humanité. J’ai commencé à me rebeller. C’est pour cela que je peux comprendre et me sentir profondément relié à l’appel à la révolution de jeunes en colère en France et autour du monde.

Notre appel vient d’un désir profond de faire partie d’un bel avenir.

Alors aujourd’hui, quand je lis ou j’écoute Thấy parler de bouddhisme engagé et même révolutionnaire, évoluant et s’adaptant à son époque et son environnement, je sens mon cœur irradier, chaleureux et valeureux. Comme si Thây s’adressait directement à moi, partageant l’aspiration profonde que j’aurais eue depuis toujours.

Quand nous apprenons les pratiques concrètes de la pleine conscience, nous apprenons à être présents pour nous-mêmes et pour les autres.

« L’Homme n’est pas notre ennemi, l’ignorance est notre ennemie ». Avec une grande compassion et beaucoup de patience, Thây nous démontre qu’avoir recours à la violence, à l’oppression et à la discrimination nous fera souffrir aussi bien nous que ceux que l’on considère comme nos « ennemis ». « L’Homme n’est pas notre ennemi, l’ignorance est notre ennemie ».

Thây nous partage le fruit de ses expériences et de sa pratique, depuis plusieurs décennies, pour nous offrir tous les outils nécessaires à la réalisation de cette merveilleuse aspiration à la transformation et à la guérison.

Il ne s’agit pas d’être bouddhiste ou monastique, mais de savoir si nous sommes présents, corps & esprits réunis, pour nous-même et pour les autres. Sommes-nous présents pour voir toutes les opportunités de guérison qui s’offrent à nous dans notre vie quotidienne ? Sommes-nous prêts à les accepter? Ou demeurons-nous inconscients et continuons-nous à suivre nos schémas habituels de fuite de notre souffrance.

Un après-midi d’automne, inspiré par la lecture du livre de Thấy, « Le cœur des enseignements du Bouddha », j’ai écrit ces vers qui décrivent ma jeune vision de la vie et j’aimerais les partager avec vous :

Le courant de la vie est un champ fertile.
Nos ancêtres y découvrent et y plantent de nombreuses graines, sans discrimination.
Qu’ils les aient cultivées avec soin ou non, nous en héritons telles quelles.
Sans le savoir, nous faisons de même et perpétuons ce merveilleux cycle de transmission.
Mais, ignorants, de générations en générations, nous alimentons nos souffrances et délaissons nos merveilleux dons.
Est-ce donc là l’héritage de notre espèce à notre Terre Mère ?

Aujourd’hui, notre rencontre avec le Dharma nous révèle des portes pouvant nous libérer.
Nous avons la chance de pouvoir transcender notre souffrance et de voir se révéler notre vrai pouvoir.
Notre souffrance a ses racines dans l’ignorance et l’inconscience de notre espèce.
Nous avons la possibilité et le devoir d’éclairer ces ténèbres de la lumière de notre pleine conscience.
Et ainsi, transmettre les dons et embrasser les souffrances de nos parents, de nos enfants et de notre Terre Mère
…Pour les générations futures & pour la planète…

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